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ANR PANSER – PAtrimoine Naturel aux Suds : une histoire globale à Échelle Réduite

Le projet ANR PANSER a pour objectif de contribuer à produire une histoire globale des instrumentations patrimoniales à partir de la documentation éthiopienne, en embrassant un vaste espace s’étendant de l’Afrique équatoriale à la mer de Chine. Le but est de suivre, tout au long du XXe siècle, les acteurs (botanistes ou forestiers, géographes ou conseillers, experts ou consultants) qui circulent d’espaces naturels en espaces naturels, au point de donner corps à une aire bio-patrimoniale afro-asiatique.


Illustration : Village de Gich (Simien, Éthiopie), novembre 2013 (détruit en juin 2016)


En 1959, à la demande de l’empereur Hailé Sélassié, l’Unesco dépêche John Blower à Addis-Abeba afin d’orienter la gestion des parcs nationaux du pays. Cet ancien garde de réserves de chasse au Kenya britannique écrit, à son arrivée : « La démocratie ne menaçant pas encore l’Éthiopie, nous pouvons encore y sauver la nature ». Puis durant les quinze années suivantes, Blower supervise la gestion et la création des parcs éthiopiens et avec elles, l’éviction forcée de leurs habitants supposés dégrader un Éden africain autrefois vierge et luxuriant, mais aujourd’hui surpeuplé et déboisé. Les dirigeants éthiopiens, loin d’être les victimes impuissantes d’un néo-colonialisme vert, obtiennent eux le prestige de voir leurs parcs classés au Patrimoine mondial de l’Unesco, et les fonds grâce auxquels créer ces parcs chez les nomades, aux frontières, dans les maquis : c’est-à-dire en territoires sécessionnistes.

La documentation éthiopienne offre ici un champ d’observation idéal pour une histoire globale des instrumentalisations patrimoniales. Il en va de même des fonds d’archives identifiés par les membres du projet PANSER. Au Cambodge et en Malaisie, deux politiques coloniales de la nature très différentes convergent après les indépendances vers l’adoption de normes internationales en tout point similaires, mais servant en Malaisie à une gestion concertée du territoire, et au Cambodge à un contrôle coercitif des acteurs locaux. Le cas du Congo paraît quant à lui marqué par la continuité. Du régime colonial belge à la République Démocratique, un même préservationnisme global évolue au gré d’une tension entre appropriations élitaires des ressources cynégétiques et adaptations locales face à la marginalisation des pratiques habitantes. Enfin, dans des espaces aussi différents que Zanzibar, les Seychelles et le Vietnam, l’étude des aires protégées suggère qu’en 1900 comme en 2017, c’est au gré d’allers-retours entre différents mondes afro-asiatiques que des « faiseurs de patrimoine » européens ou américains élaborent des modèles globaux de connaissance et de gouvernement de la nature et des hommes.

Ces phénomènes sont à l’origine du projet PANSER. En suivant de 1900 à 2017 les trajectoires des professionnels (forestiers ou agronomes, puis biologistes et experts, écologues et consultants) qui circulent d’espaces naturels en espaces naturels, il s’agit de retracer l’histoire d’une intervention environnementale et patrimoniale globale. De l’Afrique équatoriale à la mer de Chine, étudier cette histoire connectée au cœur des territoires où elle se déroule vise à retracer « au ras du sol » l’histoire des rencontres, des négociations et des luttes qui donnent corps, au vingtième siècle, à une aire bio-patrimoniale afro-asiatique.

PANSER s’organisera autour de travaux individuels – chaque collaborateur étudie « ses » archives – et collectifs – la mise en commun de ces archives amène à étudier collectivement l’histoire comparée et connectée d’une aire afro-asiatique. Car si l’hétérogénéité de cet espace est inéluctable, le fait que scientifiques, experts puis consultants y circulent de parcs naturels en parcs naturels justifie qu’on l’étudie, aussi, comme un territoire à part entière. Tel est l’objectif de ce projet : étudier des histoires de patrimoines à partir desquelles explorer une histoire globale à échelle réduite du patrimoine aux Suds.

Croisant travail en archives et études de terrain durant 36 mois, PANSER aboutira à la création d’une base de données archivistique, la formation d’un post-doctorant, l’organisation d’un colloque international et d’une école d’été, et la publication d’un numéro de revue et d’un ouvrage dédié à un large public. À terme, cette histoire de l’invention globale du patrimoine devrait servir à penser l’environnement, aux Suds, en termes d’adaptation plutôt que de dégradation.

Membres de l’ANR :

Guillaume Blanc, Maître de conférences en histoire contemporaine, Université Rennes 2 (Tempora, EA 7468)
Mathieu Guérin, Maître de conférences en histoire contemporaine, Inalco (CASE, UMR 8170)
Violette Pouillard, Assistante post-doctorante en histoire contemporaine (2017-2021), Ghent University (ECC, Belgique)
Grégory Quenet, Professeur des universités en histoire de l’environnement 17e - 21e siècles, Université Versailles St-Quentin (CHCSC)