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La construction du patrimoine éthiopien

Comme l’ont incarné en 2018 les annonces du Premier Ministre Abiy Ahmed à propos du site rupestre de Lalibela ou de l’ouverture au public des Palais d’Addis-Abeba, le patrimoine occupe une place de premier plan en Éthiopie, où il tient souvent lieu de politique culturelle. Omniprésent dans la communication politique de l’État fédéral mais aussi des régions, des villes, sa promotion et sa protection mobilisent un jeu d’acteurs complexe et multiscalaire (fonctionnaires, tour-operators, guides, etc.). L’enjeu est économique : valoriser la richesse historique, géographique et la diversité culturelle du pays pour désenclaver les régions isolées et pour soutenir le développement du pays. L’Éthiopie veut se hisser au premier rang des destinations touristiques africaines (pays qui compte le plus grand nombre de sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO). Avec la notion de « patrimoine immatériel », des objets de toute nature peuvent « faire patrimoine ». L’enjeu est également politique : dans un contexte de dissensions communautaires et ethniques, le patrimoine peut tour à tour être un vecteur d’unité nationale comme un outil de réappropriations identitaires.

Régulièrement amené à accompagner les institutions éthiopiennes dans leur politique de valorisation du patrimoine, les recherches pluridisciplinaires soutenues par le CFEE interrogent :

- Le développement des institutions en charge de la construction du patrimoine en Éthiopie (y compris la formation universitaire des cadres de ce domaine), un développement qui est lié à l’appropriation de la notion de patrimoine et des discours afférents, mais qui fait écho à d’anciennes pratiques des institutions religieuses et de l’État ;

- Les revendications et appropriations locales liées à la notion de patrimoine en Éthiopie, entre construction de l’État-nation (« sentiment patrimonial » des élites du pays) et fédéralisme ethno-régional déclinant les processus de patrimonialisation et de muséification des productions culturelles (musique, architecture, cuisine, langues, etc.)

- Les implications des politiques de « mise en patrimoine » pour les acteurs en charge de leur mise en œuvre et pour les populations les plus directement concernées, ce qui permet de revisiter les rapports entre élites et différents groupes sociaux, entre l’État, ses régions et les sociétés administrées, etc. ;

- Les relations de l’Éthiopie avec le reste du monde, notamment avec les organisations internationales et les réseaux d’expertise compétents dans ce domaine, dans lesquels les Éthiopiens sont de plus en plus visibles ; mais aussi avec la France dans le contexte post-Ouagadougou du débat sur les « restitutions ».

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Programmes financés

- ANR EthioMap – Sources cartographiques et transformations territoriales de l’Éthiopie depuis la fin du XVIIIe siècle

- ANR PANSER – PAtrimoine Naturel aux Suds : une histoire globale à Échelle Réduite

Bibliographie (depuis 2016)


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